Dans un coin de ce globe terrestre, à St-Cyriac par un froid glacial, ni fleurs, ni feuillages, ce premier jour de l'hiver le 21 décembre 1904, naquit un joli poupon que Johnny et Antonia firent baptiser, ils lui donnèrent comme prénom Albéric. Ce fut le cadet d'une famille de onze enfants... dix garçons et une fille.

 

Six ans plus tard, à Notre-Dame d'Hébertville plus précisément dans le bas du Lac, naquit une jolie petite fille, le 18 juillet 1911 qu'Arthur et Aimée-Rina firent baptiser. Ils lui donnèrent comme prénom Florence, surnommée Fleur; qui lui alla à merveille, vu la saison de l'année.

 

Cette charmante jeune fille aime beaucoup les fleurs et tout ce qu'il y a de feuillages. Les fleurs sont toujours très belles et ce petit mot veut dire bien des choses : gaieté, amour, tendresse.

 

Fleur est la deuxième d'une famille de cinq garçons et sept filles.

En 1920, papa quitte St-Cyriac pour suivre ses parents et toute la famille pour s'établir à Notre-Dame d'Hébertville, ils ont déménagé avec un wagon-rack arrière et tout le hangar…comme la petite maison dans la prairie.

 

Papa n'avait que 21 ans et remarqua un groupe de jeunes filles qui ne demeurait pas très loin.

 

Dans ce groupe, il y avait Fleur qui lui inspira déjà un petit quelque chose, il avait bien regardé car il n'a pas retardé à faire son choix. Même s'il est né dans une saison sans floraison il les aimait quand même, car il fréquenta une jeune fleur.

 

La première fois, il l'invita à jouer aux cartes, à la Brisse. Fleur n'avait que 14 ans, elle ne s'attendait pas à ce que cela finisse par une grande messe.

 

Le 28 août 1929, Dieu unissait ce beau garçon de 25 ans et cette jolie fille de 18 ans.  La bénédiction fut célébrée par le frère du marié, le Curé Alfred Girard, dans le Choeur de l'Église à Notre-Dame d'Hébertville.

 

C'est le père Louis Gagnon qui les a confessés.  La messe a été retardée d'une heure, ils ne se sont mariés qu'à 10 heures... C'est qu'à la dernière minute, papa avait oublié son manteau à Jonquière, il avait fait recouvrir son collet de velours pour faire plus chic…

 

Là on peut douter, nous n'étions pas là. La confession avait peut-être été très longue ...Après la célébration, Monsieur Thomas Lévesque élevé par Gonzague Guérin, frère du père de la mariée, conduisait les mariés dans sa Chevrolet noir 1927.

 

Il y eut fête ce soir là chez les parents de la mariée. Lazare Hudon était le joueur de violon. Après la soirée, les mariés ont eu l'honneur de visiter la chambre de leur grand-mère bisaïeule, âgée de 85 ans, pour ensuite se réfugier en haut de sa maison.

 

Ce fût leur voyage  de noces…"on en sait pas plus."

 

Papa et maman avaient leur maison à Hébertville.  Ils avaient une petite ferme et l'hiver papa s'éloignait de la maison pour travailler avec des chevaux pour "tirer le bois" selon sa propre expression.  Cela dura deux hivers.

 


Puis il y eut la guerre 1939-1945 et cela fut une crise difficile à passer.

 

Après quinze ans de dur labeur sur une ferme à Hébertville papa décida de quitter et vint s'établir  à Alma en 1944.   Robert était le bébé, il avait quinze mois et maman attendait une autre fois la cigogne.  Ce fût Raynald.  Maman avait 32 ans et 11 enfants mais la famille n'était pas terminée car il y eut cinq autres naissances.

 

N'oublions pas qu'avec une grande famille, chacun avait son caractère, il fallait les comprendre...et quelle surveillance en plus de tous les travaux qu'il y avait à faire.

 

On m'a raconté cette anecdote : Un jour les p'tits garçons avaient pris des capes de dynamite dans le hangar et maman très surprise, énervée lorsqu'elle a vu ça...elle prit les capes et les jeta dans le poêle.  Les roulettes ont volé au plafond.  Cela aurait pu être une catastrophe mais vous voyez ce qu'une mère peut faire pour sauver ses petits.

 

Du matin au soir, c'était la cuisine, surveillance, ménage sans relâche…mais avec l'aide de Dieu qui veillait sur la famille, ce ménage fut protégé.

 

Les enfants avaient tous une bonne santé, le reste finissait par s'arranger et la vie continuait son ptit bonhomme de chemin.

 

Papa et maman voyaient à ce qu'il ne manque de rien à la maison. C'est-à-dire que nous mangions nos trois repas par jour. C'est certain qu'ils avaient leur problème et leur casse-tête comme tout le monde.

Le 14 octobre 1955, le feu destructeur fit son ravage.
Ce fût une grande épreuve pour toute la famille,
mais là encore nous avons vu
le courage de nos parents
et de bons voisins qui, à tour de rôle
gardaient les enfants et les réfugiaient pour la nuit.

Avec l'aide de tout le monde, deux mois plus tard nous étions dans une autre demeure toute neuve et jolie située au même endroit.

 

Tous les voisins étaient cultivateurs et s'entraidaient.  Ils faisaient leur semaille et quand arrivait le temps des moissons tous se donnaient la main et travaillaient.

 

Ils allaient de voisin en voisin à tour de rôle. Tout se terminait avec une grosse tourtière, il y en avait pour tous, il pouvait y passer de trois à quatre tablées et maman faisait le tour de la table "En voulez-vous encore ?"  et toujours avec le sourire.

Ils parlaient de leur journée bien remplie même après ces durs labeurs.  "C'est beau"

 

disait papa en souriant et en regardant par la fenêtre la ferme bien garnie.

 

Nous voyions qu'il était très content, cela nous faisait plaisir de le voir si heureux.  C'était le bon vieux temps.

 

Je crois qu'aidez et aimez-vous les uns les autres sont les plus belles paroles qui puissent exister.  C'est la clé du bonheur.  Car l'amour ne se décrit pas, il se vit et c'est un mot infini.  Ce sens de l'amour, ils l'ont prodigué à toute la famille.

 

Les dimanches matins après la messe, papa nous distribuait des friandises, nous n'étions pas riches mais très heureux. Et les dimanches soirs maman recevait tous ses enfants. C'était une vraie table de noces.

 

Que de courage et de dévouement !  Lorsqu'il en manquait un, papa au téléphone : "Qu'est-ce que vous faites ?  Venez souper, s'il y en a pour dix, il y en a pour 11 etc..." "on vous attend " et il raccrochait.

 

En entrant chez-nous, nous sentions une vibration d'amour en nous, tous parlaient, riaient en même temps de leur semaine et différentes choses.

 

Les garçons et les filles ont eu un bon exemple avec papa et maman qui travaillaient sans relâche, tous et toutes ont appris à aimer le travail et à prendre leurs responsabilités.

À sa retraite, papa avait son petit jardin... question de toujours aimer toucher de la terre et maman qui méritait aussi ce repos recevait à tour de rôle la visite de ses enfants et petits-enfants, et s'occupait de ses fleurs et feuillages.

  

 Marie-Ange Dubé
a écrit cette biographie de mes parents à  l'occasion de leur 50e anniversaire de mariage


 

Photos de la messe dans l'église St-Judes d'Alma

 

 

 

 

 

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