Le 24 août 1814, en début de soirée, un détachement de 2 000 soldats britanniques en uniformes rouges progressait le long de la côte du Maryland vers Washington (D.C.). Sa mission : s'emparer et incendier tous les édifices du gouvernement de la ville. C'était la première fois dans l'histoire américaine que la capitale des États-Unis se trouvait sur le point d'être investie par une armée étrangère. C'était pendant la guerre de 1812, que beaucoup d'Américains de l'époque appelaient la Deuxième guerre d'Indépendance. L'année 1989 a marqué le 175e anniversaire de cet événement.





Pourquoi cette confrontation entre Américains et Britanniques trente ans seulement après la Guerre d'Indépendance? L'enjeu était une question de libre usage de la mer. À l'époque, l'Angleterre se battait contre la France. Pays neutre, les États-Unis ravitaillaient les deux belligérants. Mais comme les Anglais capturaient les navires à destination de la France et que, de leur côté, les Français capturaient les navires à destination de l'Angleterre, les Américains se trouvaient pris entre deux feux. Les Anglais, non contents de s'emparer des navires américains, s'emparaient aussi des équipages et les marins étaient enrôlés de force dans la marine britannique où les conditions de vie étaient très dures.





Mais il y avait aussi une autre raison: certains Américains, partisans des solutions de force, les "faucons", comme on les appelait, prétendaient que le moment était venu d'envahir le Canada alors sous la domination anglaise et de l'incorporer aux États-Unis. Après le début des hostilités, les Américains ont fait plusieurs incursions au Canada.





Au cours de l'une d'elles, au printemps 1813, ils se sont emparés d'York (aujourd'hui Toronto) et ont incendié les édifices du gouvernement. Les Anglais, au comble de l'indignation, ont alors crié vengeance.





C'est ainsi qu'au mois d'août 1814, une escadre de vaisseaux anglais a fait voile sur la baie de Chesapeake et a débarqué un détachement de marins, de marines et de soldats. L'ordre était le suivant: "Détruisez et dévastez les villes et les districts...qui se prêtent à l'attaque." Baltimore et Washington en raison de sa vulnérabilité.





Le 24 août en début d'après-midi, les Anglais se sont rués sur une section de miliciens réunis à la hâte et de surcroît mal entraînés, près de Bladensburg au Maryland. Du haut d'une colline à proximité, le président James Madison observait l'affrontement. Moins d'une demi-heure plus tard, les Américains battaient en retraite. Madison a alors écrit un mot à sa femme, Dolley, la suppliant de quitter Washington. Après quoi il allait rejoindre les miliciens en retraite.





À Washington, c'était la panique. Les habitants empilaient dans des chariots tout ce qu'ils pouvaient et s'enfuyaient dans la campagne. Dans la demeure présidentielle, Dolley Madison est parvenue à sauver la plupart de l'argenterie ainsi qu'un portrait du président George Washington. Mais la majorité des objets de valeur ont été abandonnés.





Vers huit heures du soir, les Anglais faisaient leur entrée dans une ville quasi déserte. Après avoir mis le feu aux navires et aux locaux de l'arsenal, ils ont marché sur le Capitole qui s'appelait alors la Maison du Congrès. Là, après un simulacre de séance, ils ont voté à l'unanimité l'incendie de l'édifice.





Abandonnant le Capitole en flammes, les soldats se sont dirigés vers la résidence du président. Dans sa hâte, Dolley Madison avait laissé sur place un repas plantureux préparé à l'intention de son mari et de ses invités. Les soldats affamés ont profité joyeusement de l'aubaine, après quoi ils ont incendié le bâtiment. Ils ont aussi mis le feu aux autres maisons du gouvernement, mais une pluie diluvienne a noyé l'incendie.





Le lendemain, les Anglais on rallumé le feu. Mais l'après-midi, un soldat négligent a provoqué une explosion qui a tué une douzaine de ses compagnons et en a blessé une trentaine d'autres. Peu après, une violente tempête s'est abattue sur la ville et a de nouveau noyé l'incendie. Découragés, les soldats ont quitté les lieux à la nuit tombante.





Dans cette histoire, les Anglais étaient allés bien au-delà de leur mission. Ils avaient pénétré en plein territoire ennemi, défait l'armée américaine et incendié une partie de la capitale. L'incendie d'York avait été vengé, mais le prix imposé dépassait largement la mesure. Humiliés, les Américains ont décidé de lutter sans merci contre les Anglais.





Le mois suivant, ils repoussaient une attaque anglaise à Baltimore et remportaient brillamment la bataille du Lac Champlain. En décembre, les diplomates anglais et américains signaient un traité de paix à Gand, en Belgique. Mais les Américains n'avaient pas attendu ce jour-là pour entreprendre la reconstruction de Washington.





O SAY CAN YOU SEE




L'année 1989 a marqué le 175e anniversaire d'un chant bien connu des Américains "The Star-Spangled Banner", dont voici l'histoire.





Peu après leur incursion dans Washington, les Anglais ont attaqué par mer la ville portuaire de Baltimore au Maryland, solidement protégée par le Fort McHenry. Un juriste du nom de Francis Scott Key arrivait à bord d'un bateau britannique pour plaider en faveur de la libération d'un prisonnier américain au moment où, dans la nuit du 13 septembre 1814, le Fort McHenry était soumis à un intense bombardement.





Tout au long de cette terrible nuit, Key pouvait voir "la lueur rouge des fusées" et "l'éclatement des obus dans le ciel." De temps en temps, il risquait un oeil pour voir si le drapeau américain déployait toujours ses couleurs au-dessus du fort, signe que la garnison ne s'était pas rendue.





Le matin, le fort et le drapeau baignaient dans le brouillard et la fumée. Key a jeté un coup d'oeil anxieux à travers le rideau cotonneux qui, soudain, s'est déchiré, découvrant la bannière étoilée flottant au vent. C'est alors que, nous dit la légende, sous le coup d'une inspiration profonde, Key a tiré de sa poche une enveloppe au verso de laquelle il a commencé d'écrire les paroles de "The Star-Spangled Banner".





De retour à Baltimore, le poème a été mis en musique et est devenu une chanson très en vogue. Mais il a fallu attendre le 3 mars 1931 pour que "The Star-Spangled Banner" soit consacré hymne national des États-unis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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